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25/05/2012

20 - Echapper à l'exposition

"Je suis inoxydable, je ne me pose jamais de questions, je fonce"

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L'exposition se ferait à deux pas du périphérique, pour toucher la population ouvrière, dont  Walter  se sent assez proche bien qu'il ne méprise pas la bourgeoisie. Le concept de l'exposition serait minimal, les artistes invités y figureraient l'expérience intérieure de la féminité aliénée par les stéréotypes modernes. L'exposition contiendrait en  parallèle des îlots d'immersion hors des murs afin de convier les milieux défavorisés à quelques possibilités de création. Les images présentées feraient des allers-retours entre l'espace et la lumière, et joueraient par contraste avec ce que Paris exige d'élégance au regard des banlieues et ce que la banlieue parisienne comporte de codes aux yeux des classes provinciales aisées. L'exposition interrogerait aussi la sexualité en milieu urbain et les affects des classes moyennes à la périphérie, tout cela étayé par des statistiques, des graphiques, des évalutions scientifiques via diverses disciplines tandis que les artiste groupés en collectif signeraient chaque oeuvre d'une suite de numéros en effaçant leurs noms et prénoms pour rejoindre cette abstration de l'oeuvre qui expérimenterait une sorte de fusion avec les spectateurs, lesquels écriraient leur nom en grand sur des tablettes  via des capteurs immortalisant leur présence en tant qu'oeuvre d'art éphémère. Ces multiples statuts tisseraient entre eux des liens avec les galeries d'art européennes qui diffuseraient la performance en simultanée sur  tous les murs des plus grandes capitales d'Europe. Cela, précise Walter, constituant la rampe de lancement d'une journée européenne de la démocratie dont la date sera communiquée ultérieurement aux adhérents de la revue "Exposition". Jissay a relu l'article plusieurs fois sans comprendre. Lassé par ce martellage incessant, il préfère s'apaiser avec des plaisirs simples comme regarder pousser des plantes sur la véranda de son atelier qui domine le centre de d'une ville (il n'a jamais précisé laquelle). Là, il peut contempler le coucher du soleil pour saisir la réverbération des lampions d'une roulotte où l'on fait de la pâte à gaufres sous un platane situé juste en face du Sacré-Coeur.

22/05/2012

19 - Eclats voilés : science et médecine

"J'ai commencé à avoir mal quand le rideau est tombé"

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Depuis de nombreuses années Sabine s'observe vivre avec son chat ; elle a pris des notes scrupuleuses sur le déroulement de ses journées, elle raconte aujourd'hui son histoire dans un livre préfacé par son psychiatre le Docteur A. Ce dernier a anticipé par avance la folie qui guettait la jeune femme, il la soigne depuis presque quinze ans aux butyrophénones afin de prévenir d'éventuelles crises maniaques imprévisibles. Le généticien Albert B est dubitatif, il s'est penché sur les interactions réelles entre les êtres et s'intéresse davantage aux relations qu'à leur image. Il a longtemps étudié la manière dont les êtres se construisent, se transforment selon des bases de perception extérieure, émanant en majorité, de la parole d'un corps médical reconnu. Sabine en s'observant a fini par comprendre qu'elle ne pourrait jamais toucher la réalité absolue. Ce constat lui est devenu, évident, en visionnant les films où elle donne à manger à son chat. Durant ces longues années, elle a fait vivre à son animal tout ce qu'elle vivait elle-même, et a cru que l'expérience aboutirait à une fusion extra-sensorielle  intéressante puisqu'elle était persuadée qu'en enfermant l'animal dans le même espace que le sien ils habiteraient tous deux la même réalité. Mais le généticien Albert B. lui a prouvé grâce à des shémas compliqués, que la réalité absolue n'existe pas. L'odorat le toucher, le goûter, tout diffère. Sabine a naturellement demandé à l'homme de science de la transformer en son chat. Là encore, le généticien est dubitatif. Si cette transformation artificielle est techniquement possible, il a refusé d'apporter son soutien à Sabine. En effet, s'il décidait de transformer Sabine en son chat, ce ne serait pas tout à fait le même chat. La réalité absolue quoiqu'on fasse ne peut exister ici bas. Cette conclusion a permis au Docteur A. de remettre en question son diagnostic, dont le noeud d'amarrage était basé sur des études neuro-psychiatriques obsolètes. Ce qu'il avait toujours considéré comme un déréglement profond dans l'esprit de Sabine avec risque d'évoluer vers un trouble maniaco-dépressif, n'était somme toute qu'une perception humaine différente. Jissay a depuis déjoué l'arnaque, et trouve qu'une telle erreur devrait être dénoncée et punie, en attendant il s'y acharne avec un style incomparable que son lecteur ne manquera jamais de venir admirer et flatter .

08/07/2011

12 - Du labeur peut-être inutile

"Je me demande au fond si un jour je ne vais pas regretter le temps où je faisais ce que je voulais sans que personne ne s'en mêle."

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Georgio évoque le travail des graveurs. Il adresse des lettres passionnées à sa fiancée. Elle n'a jamais compris la complexité de ses oeuvres tournant autour du thème des tremblements de terre et de l'apocalypse. Jean lit des textes à la bibliothèque de Poitiers devant une salle à moitié vide. Jadis il jouissait d'un certain prestige, mais aujourd'hui comme tout le monde, il doit faire un peu de porte-à-porte. On  parle d'une contagion, dûe à des bêtes mortes. Des mouvements de contestation traversent le Maroc. Etienne photographie la Baltique et les îles Caraïbes pour montrer ce qu'il sait du monde. Les autres n'arrivent pas à réaliser. Pierre parle d'hystérie collective, au coeur du drame, il est revenu hagard de Tchernobyl, en 1986. Denis était à Port au Prince en 2010. Gilles regarde s'effondrer une digue sur le lac Pontchartrain. Jacqueline vit à Mahabalipuram dans un village indien, elle entend une grande vibration, puis voit arriver une vague qui décime sa famille, elle regarde mourir sous ses yeux tous les siens. Elle se promène aujourd'hui dans le vent râpé, enjambe des écorchés. Graham vole dans les poches des mourants et des morts de quoi survivre un jour ou deux. Maxime lit les dernières nouvelles du monde en sirotant un cocktail "Albertine" sur les rochers artificiels d'une plage réservée aux artistes de variété et aux vedettes de la télé.

08:13 Publié dans De l'Histoire, De la Fantasmagorie, Des Beaux Arts, Des Voyages, Du Souvenir | Lien permanent |

21/06/2011

11 - All you see is a ghost

"Mon objectif c'est la pureté, ne jamais mettre les gens dans des situations dégradantes"

index.php.png.jpeg Tom est perpétuellement angoissé par la pluralité des mondes. On en aura trop profité, chacun s'est s'engouffré dans divers courants et de grands chantiers ont coulé alors ils ont muté les gens. Yves réalise ses tableaux avec de nombreux assistants il a reproduit dans la résine les planètes du système solaire, qu'il colle sur des parkings, on peut en voir deux ou trois dans la banlieue de Londres. Paul est aussi timide que grand. Il est fasciné par les cartes à jouer, la partie fixée dans l'instant, les sols flêchés, et les oeuvres supertemporelles du lettriste Isidore Isou. Il a été élévé par une mère illettrée qui mesurait au moins deux mètres, elle était soit-disant dresseuse d'éléphants dans un cirque mais elle n'est recensée nulle part et ne figure dans aucun registre de naissance. Paul rencontre une sophrologue à la sortie d'un restaurant il la remarque car elle fait la taille de sa mère. Il lui propose de passer quelques jours chez lui, en échange elle lui apprendra à maîtriser ses émotions. Jean est inquiet. Au bout de quelques semaines, il remarque chez Paul, des troubles du comportement et une modification importante de ses facultés intellectuelles. Paul s'est mis à parler une langue inconnue sur la terre. Il donne maintenant des concerts de poèmes lettristes improvisés dans des jardins publics. Ses émotions sont controlées par un ordinateur capable de mesurer le mouvement des larmes et la densité de la sueur. A quelques mètres de là, dans une estafette très sophistiquée, la sophrologue contrôle les émotions de Paul. Jean engage un détective privé. Au bout de quelques mois, le détective découvre que la sophrologue vient d'une autre planète, peuplée par des êtres géants probablement mauvais. Il se demande si la mère de Paul ne serait pas impliquée dans cette étrange  affaire. Nous ne possédons pour l'instant, pas le moindre élément supplémentaire.

16/06/2011

7 - Ces violences faites à la nature et aux sons familiers

"Je suis incapable de résister à un pavé au roquefort avec des frites ou à une tartine de confiture"

am.jpgMaxime est arrivé sur scène moulé dans le maillot du FC Lorient, pour rendre hommage au club breton il joue sur sa Gibson, le refrain de "We are the Champions". Malgré la puissance des couleurs et le volume du son, cette surprise ne provoque sur le public aucune sorte d'émotion. La fièvre de Jacques n'a pas baissé, sa femme veut l'installer dans une maison de retraite à Dreux, Jacques s'éloigne un temps de sa femme et espère guérir grâce au soutien de sa fille Claude. L'heureuse veine poétique de Luca le distingue  toujours  des autres décorateurs, il a ajouté dans sa fresque un point de fuite en fonction duquel les plafonds s'organisent. Au dessus des structures métalliques d'une ancienne usine de fers à friser, il peint des effets de trompe-l'oeil qui s'ouvrent sur des cieux infinis peuplés de vierges folles et d'anges aux traits indiatides. Subrepticement on pressent le triomphe de Frédéric. Pour la génération gaulliste de l'après-68, il représente l'espoir. Marqué dès l'enfance par la rupture avec sa langue natale, il veut faire tomber les tabous et les idées reçues en régulant les flux migratoires grâce à l'aide que lui apporte déjà son grand ami Brice Hortefeux, tous deux décident de mettre en couverture d'un magazine prestigieux des chanteurs gaullistes à la mode. Jean traîne un peu au 100 Club sur Oxford Street, Il écoute Malcom Mc Laren se réclamer de Guy Debord. Anne avachie sur un sofa regarde les gens de Mogador. Jean finit sa bière, depuis qu'il a coupé sa moustache et sa barbe, les filles lui tournent autour. Ca fait dix ans qu'il prend des cours de guitare sans savoir plaquer un accord. A la sorti du club, il fait la connaissance d'Eric Clapton. Eric Clapton porte des chaussures de football à crampons et parcourt les rues de Londres la nuit, au volant d'une Citroën Picasso. Jean ne cache pas sa déception, il s'achète trois bouteilles de vins espagnols qu"il boit cul sec dans la rue, puis termine la nuit seul à sniffer du poppers dans sa chambre d'hôtel. Il pense aux coups du charme et aux plans de séductions, aux gibelottes, aux queues de casseroles qu'on secoue quand les oignons se chevauchent. Il pense aux formes douces des champignons, aux liquides sirupeux, à la moelle du cardon. Il se souvient du cou blanc de Mireille Mathieu quand elle chantait "Mille colombes". Il enlève son caleçon.

14/06/2011

5 - Du sanglier d'Erymanthe aux souris de laboratoire

"Ma célébrité s'appuie sur un travail de longue haleine, j'aurais pu être célèbre à vingt ans. Après j'aurais fait quoi ?"

1967555-2710666.jpgFabrice aime les couleurs sombres et les textures moelleuses, pour lui cet hiver sera cachemire ou ne sera pas. Alain cultive des céréales, il a quitté Paris pour s'installer avec sa famille dans le Cantal. A Plaisance on danse le fox trot, le Paso doble et la valse. Jean préfère apprendre à danser le tango plutôt que de braquer des voitures. Mimi, à Tahiti fait la connaissance de Tino Rossi. A Saint Ouen on découenne la poitrine fumée pour faire la gibelotte de lapin, les morceaux de lapins sont immergés dans le vin durant toute la cuisson. Jean s'échappe au pays de Prydain où règne le Seigneur des ténèbres, il croise un mendiant qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau accompagné d'un sanglier des plaines, la bête lit l'avenir sur les lèvres des humains. Un chercheur du CNRS étudie l'animal, il pense qu'il possède dans son sang des défenses contre les microbes, contrairement aux animaux qui vivent sur les plateaux. Ca peut représenter un espoir pour la science, le problème est aussi que le prix à long terme, en deviendrait exorbitant. Sans moyens, il faudrait plus d'un siècle pour tester le vaccin. Découragé le chercheur quitte Paris, il croise Alain Corneau dans un train qui lui présente Jacqueline, une riche milliardaire investie dans le mécènat. Elle lui offre soixante millions, qui permettent au chercheur de poursuivre la même expérience avec des souris.